Nous vous avions parlé de la trogne et de ses multiples usages dans un précédent article, voici à présent un guide pratique sur la conception d’une trogne.

Comment fonctionne une trogne ? 

La première chose qu’il faut comprendre lors de la création d’une cépée (autre nom pour la trogne), c’est le principe de bourgeons dormants et leur réitération. Lorsque l’on va sectionner la tige principale d’un jeune arbre, des réitérations de branches vont se réveiller sous la coupe faites et sur tout le tiers supérieur du tronc. C’est lorsque l’on va sélectionner certaines de ces branches et supprimer les autres que l’on va commencer notre cépée et lui donner sa forme.

Différentes formes de trogne.
Crédit illustration : Eve Coignot.

Quand peut-on commencer ? 

On préfèrera l’hiver, période de dormance végétative, pour effectuer la première coupe de formation de notre arbre. Bien que pour certaines essences, l’âge de l’arbre n’est pas déterminant pour la réussite d’une trogne, on préfèrera prendre des jeunes arbres dont la tige principale est d’environ l’épaisseur d’un pouce (environ 2-3 ans), mais on pourra aller jusqu’à tailler un arbre de 7-8 ans (le guide des espèces, prochainement disponible, vous permettra de juger de la taille possible sur vos arbres). 

La première étape consiste alors à décider du type de trogne que l’on souhaite obtenir et de l’usage qu’on lui réserve. S’agira-t-il d’un arbre fourrager pour les animaux, d’un arbre pour le bois de chauffage ou de charpente ? Faut-il le protéger des dents des animaux friands de ses jeunes pousses ? Toutes ces questions permettront de définir le type de cépée que vous devrez effectuer et donc à quelle hauteur effectuer votre première coupe.

En effet, si votre coupe est basse, les jeunes pousses seront à la merci des herbivores environnants, même les plus petits, il sera alors préférable de tailler l’arbre à une hauteur allant de 1m50 à 2m afin de le protéger lors de sa repousse. 

Croissance des trognes.
Crédit illustration : Eve Coignot.

A présent, comment procéder ? 

On taille donc l’arbre à la hauteur souhaitée durant la période hivernale et on retire l’intégralité des branches qui poussaient le long du tronc. Au printemps, après les premières repousses, on enlèvera toutes les branches que l’on ne souhaite pas voir grandir, en ne gardant que celles qui nous intéressent pour la forme souhaitée afin que celles-ci concentrent toute la sève. Ces branches vont alors se développer sur plusieurs années durant lesquelles on peut veiller à ce que d’autres réitérations, qui modifieraient la forme que l’on souhaite faire prendre à son arbre, soient supprimées au fur et à mesure. 

Si l’on souhaite obtenir du bois pour la vannerie, des boutures ou bien du fourrage animal, alors on effectuera les prochaines coupes après 1 à 3 années. Pour des perches, des fagots, des piquets, des buchettes, du fourrage ou bien si l’on souhaite profiter de fruits, on effectue les coupes toutes les 3 à 10 années. Enfin pour des charpentes et des bois bûches on attendra 10 ans avant de retailler la trogne. 

Afin de favoriser une repousse saine et assurer ainsi la longévité de l’arbre, il est important de bien effectuer les tailles de formations et d’entretien. Pour ce faire, on veillera à tailler la branche à une distance suffisante du col d’insertion, sans non plus laisser une trop grande partie dépasser. Cette taille à la bonne distance permettra à l’arbre de faire un bourrelet de recouvrement qui lui permettra de bien cicatriser et reprendre sa croissance. 

Coupe d’une trogne.
Crédit illustration : Eve Coignot

Lorsque l’on coupe des branches de plusieurs années, il est préférable de faire la coupe en deux temps sinon elle risque de tomber et de déchirer l’insertion dans le tronc. On coupe donc la branche que l’on souhaite enlever à environ un mètre de la tête de la cépée, puis on revient couper le mètre restant afin de permettre à l’arbre d’effectuer son bourrelet de recouvrement. Enfin, comme pour tous types de coupes, il faudra veiller à bien désinfecter ses outils avant de couper et à faire cette désinfection entre deux sujets afin de ne pas transmettre d’éventuelles maladies.

Et pour finir…

La technique de la trogne permet de multiplier les usages des arbres autour de nous et d’en tirer des ressources précieuses sans pour autant devoir abattre l’arbre. Avec une bonne gestion on peut accroître la durée de vie de l’arbre et accélérer son développement en “vieil arbre” ce qui permettra alors à de nombreuses espèces d’y trouver un nid. Il faut se rappeler d’une chose cependant, c’est que lorsque l’on trogne un arbre, on lui promet alors de prendre soin de lui et de revenir le tailler lorsque cela est nécessaire. Un arbre trogné oublié risque de se rompre prématurément lors d’une tempête. 

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