Du temps de nos grands-parents, la trogne était connue de tous comme une pratique essentielle pour assurer le confort de nos ancêtres. Aujourd’hui le mot de trogne interpelle, et semble évoquer des images de contes pour enfants. Cet oubli, on le doit au recours systématique aux énergies fossiles et à la mécanisation qui nous ont fait oublier cette relation avec les arbres, vieille de plus de 10 000 ans. Je vous propose de redécouvrir la trogne, cet arbre que nos voisins au-delà de la manche appellent “arbre qui travaille”.

La trogne est l’utilisation d’une réaction physiologique très simple de l’arbre qui advient lorsque la tige principale d’un arbre est sectionnée. Des bourgeons dormants présents sous l’écorce de l’arbre vont alors se réveiller et faire ce qu’on appelle des réitérations. Ce mécanisme survient dans la nature lorsqu’un arbre est brisé, touché par la foudre par exemple, ou bien simplement coupé par un castor. Cette réaction permet à l’arbre de rapidement se couvrir d’un feuillage dense et vigoureux et ce grâce à son système racinaire puissant développé au cours des années de croissance. Cette poussée explosive va lui permettre de maintenir son intégrité d’arbre et d’assurer, en peu de temps, tous ses besoins et fonctions vitales. Et si vous pensez que cette pratique réduirait la vie de celui-ci, détrompez-vous ! Un arbre trogné peut voir sa vie augmenter de plusieurs centaines d’années comparativement à son homologue sauvage. Moins sensible aux difficultés mécaniques de sa grande taille, un arbre trogné sera moins propice à l’épuisement, au dessèchement ainsi qu’à la casse de branches liées aux tempêtes par exemple, qui le laisserait avec des plaies alors difficiles à cicatriser.

Nos ancêtres ont dû remarquer ce phénomène et la force spectaculaire qui se dégage de cette repousse. La fascination qu’a engendrée cette observation a permis au cours des âges de développer d’innombrables usages et types de tailles. Les quelque 250 noms donnés en France aux trognes semblent attester de la complexité de cette relation et pour en citer quelques-uns des plus communs, citons alors le têtards, la tête de chat, la corniche, la cépée, la ragosse ou le pied cormé. Sans avoir à abattre l’arbre on peut en obtenir du bois de chauffe, c’est le principe de fagots pour chauffer les fours à pain, ou bien de bûchette sur des repousses de 5 à 10 ans. Grâce à ses longues branches vigoureuses, on obtient des fibres pour le tressage et la vannerie, ou bien encore des cannes pour les outils et les petites constructions. Si l’on est plus patient, on peut même obtenir des charpentes pour bâtir des toitures de maisons. Apprécié par nos animaux domestiques, on peut également en faire du fourrage pour combler les disettes causées par les périodes de sécheresse. Enfin grâce à leur densité, on s’en est également servi pour contenir les animaux et les protéger des prédateurs sauvages à travers des haies, quelquefois elles-même tressées, ce sont les haies plessées.

Bref leurs usages sont nombreux et seul l’aspect esthétique semble aujourd’hui avoir été maintenu, comme en attestent les platanes des villes et villages maintenus en trogne pour la sécurité des passants. Pourtant à ces usages, il existe également une fonction écologique majeure. Les plaies effectuées à l’arbre lorsqu’on le trogne, vont permettre le développement de champignons qui mangent le bois mort. Cette entrée précoce de parasite va donc développer des cavités dans ces arbres dont seuls de très vieux arbres sont normalement dotés. Dans ces cavités de tailles diverses vont pouvoir nicher, insectes, mammifères ou oiseaux. Ces trognes sont donc très vite responsables d’une incroyable diversité biologique qui participe alors au complexe équilibre écologique des zones cultivées où les trognes sont présentes.

Mais cette abondante richesse issue du lien entre l’arbre et l’Homme ne peut être maintenue que si cette relation l’est également et de nombreuses trognes, aujourd’hui abandonnées, risquent de disparaître par manque de soin. A l’heure où l’on redécouvre l’intérêt des haies de biodiversité pour le maintient en bonne santé de nos cultures, et où l’on redécouvre l’intérêt du chauffage au bois, qui peut-être l’une des sources les plus propre de chauffage ménager, il est temps de se réapproprier ce savoir ancestral et de se remettre à cultiver les trognes afin que l’arbre soit de nouveau mis au coeur de nos vies et de nos habitats.

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