Contexte

Je fais partie d’un collectif, Les Saprophytes. Un collectif basé à Lille qui comprend des architectes et des paysagistes. Ce collectif a choisi, en 2007, de se réunir pour mener des projets inclusifs, participatifs, joyeux, où le vivant, sous toutes ses formes, puisse s’exprimer.

C’est au sein de cette aventure humaine et urbaine que le projet du Jardin Ressource est né. C’est une partie de cette histoire transformatrice pour le quartier, pour ses habitants, pour le collectif, et pour moi-même que je vous raconte ici.

Les Saprophytes sont nés avec un projet de champignonnière. Une champignonnière pour raviver des liens humains et des territoires.

Une micro-champignonnière avec des enfants d’un quartier populaire à Roubaix,  pour le plaisir de cultiver,  pour aller à l’essentiel, et  permettre à la fin un repas de quartier !  

Mais c’est une fascination pour le vivant, la joie de prendre soin, de faire pousser, couver, observer, puis récolter que nous avons découvert. 

La magie du champignon qui créé des liens, s’immisce là où on ne l’attend pas, connecte, nourrit, transforme, solidifie, grandit vite… Une image inspirante, pour penser la fabrication des territoires urbains.

C’était en 2007.

Notre désir d’agir pour une ville vivante et conviviale s’est embrasé.

En 2013

A Lille, la vitrine de notre local donne sur une rue simple d’un quartier nommé Fives. Près de 20 000 habitants, ancien quartier industriel populaire, dense, pauvre en espace vert , un quartier de la ville de Lille qui semble « en attente d’attention ».

Pas loin de notre local, un espace vert de près de 3000m² sert de parvis à plusieurs équipements (des algécos plus précisément) dédiés à la petite enfance . Des pelouses dissimulant un sol pauvre et compacté. Ce terrain appartient à la ville de Lille. Une mise à disposition pour  l’association se concrétise au bout de quelques mois de discussions et d’écriture de projet.

C’est ici que nous projetons de mettre en œuvre, d’accompagner, et de faire vivre un jardin productif et pédagogique, un jardin pour expérimenter la production d’aliments en ville, un jardin pour apprendre et transmettre . Mais aussi et surtout, un prétexte pour rêver et construire ensemble  un projet pour une ville résiliente.

Vision

Au démarrage, nous proposons de construire collectivement un nouveau rapport à la nature nourricière en ville.  

Nous imaginons un projet collaboratif , global, multifonctionnel : raviver un espace, prendre soin du sol urbain à travers une gestion complète des ressources organiques, produire des légumes, expérimenter l’agroforesterie, à une petite échelle urbaine, transmettre des savoirs et savoir-faire tout en nous formant nous même à l’agroécologie et à la permaculture.

Ce “lieu école”,  permettant la transmission et le partage d’expériences, vise aussi à inspirer un « projet de quartier ». 

Il vise la création d’une communauté agissante, la montée en capacité des habitants pour rêver et mettre en œuvre la ville résiliente dont nous avons besoin. Il est ouvert à tous, et accueille chaque semaine les habitués comme les simples curieux, venus avec leurs questions.

Ce lieu c’est aujourd’hui « Le Jardin Ressource ». Il existe depuis 2014.

Le jardin Ressource- design général 

Le plan d’aménagement  du jardin est très influencé par la présence de grands arbres qui ont guidé nos choix de localisation des différents éléments du jardin.

Nous commençons au printemps à installer le potager agroécologique par un travail conséquent d’amélioration du sol. Nous avons un sol très compacté, argileux, et pauvre en matière organique.

Par la mise en place du potager, j’apprends sur le sol. Je découvre son importance et son rôle fondamentale. Il est au cœur de toute mon attention la première année, grâce à la mise en place des composteurs de quartier, d’une plateforme de récolte des déchets verts, par la mise en place d’un partenariat avec la ville pour récupérer du BRF, par la création des chemins, des espaces de plantation, mais aussi, en développant un partenariat avec un laboratoire de recherche sur la toxicologie des sols.

La production de légumes devient un prétexte à prendre soin du sol.

Du sol au jardin-forêt

Comment passer à côté de cette référence toute proche, le jardin des Fraternités Ouvrières, à Mouscron, quand on habite à Lille? Et comment ne pas en être inspiré?

C’est de là, et des formations en permaculture que j’ai suivi, que le “jardin-forêt” m’apparaît comme une évidence.

Je tiens ici à remercier Gilbert Cardon pour ses années d’engagement sans limite pour le vivant, et dont la pratique intuitive à été pour moi très inspirante.

Hiver 2015 : nous plantons des arbres, et c’est la révélation.

Sur une surface de 800 m2, nous commençons un nouvel aménagement , le jardin-forêt, et commençons par la plantation de 12 arbres,  des pommiers et poiriers d’essences locales. 

Les arbres ont été plantés collectivement, grâce aussi à la participation de l’association “Les Planteurs volontaires”, venue nous transmettre l’amour des arbres! 

Leur emplacement  a été choisi avec l’aide d’une spécialiste en géobiologie. Avec l’aide de baguettes, et au fil d’un protocole méthodique, nous avons piqueté l’emplacement des 12 arbres.

Une campagne de parrainage d’arbres a permis au préalable de créer un attachement citoyen à ces arbres, une forme d’appropriation. 

Certaines personnes ont dédicacé ces arbres, y mettant beaucoup de symbolique.

Des arbres ont été plantés à plusieurs mains.

Chaque arbre a déjà son histoire.

La plantation de ces fruitiers a donné du sens à notre action en ancrant le projet durablement, en “l’enracinant”. Le verger nouvellement planté a changé radicalement la lecture du paysage du jardin. Le jardin a pris une nouvelle dimension, de la hauteur.

Déjà, nous pensons aux prochains arbres que nous planterons.

Puis nous installons des cassissiers, groseillers, framboisiers et noisetiers.

Des îlots de jardin-forêt se dessinent, comme une archipel au milieu du gazon. 

Nous dessinons de larges allées, car le jardin reste un espace partagé et ouvert au public, avec beaucoup de passages et des enfants qui viennent y jouer. 

Ces allées  larges pourront accueillir de nouveaux îlots dans le futur. Nous jardinons les limites de l’espace, les bordures, laissant la possibilité de densifier le système dans le temps.  Un « écrin » assez protégé se construit. Et de la place est garantie pour accueillir  plus de diversité dans le futur.

Notre expérience avec le potager et la présence de la plateforme des ressources nous  permet d’avoir les bons gestes et la ressource disponible  pour prendre soin du sol. Nous faisons des apports importants de compost et de mulch au moment des plantations et à chaque saison en renouvelant régulièrement le paillage.

Au printemps 2016, nous contemplons les fleurs des arbres et cueillons  les  premières récoltes dans la jeune foret-jardin. Les enfants du quartier  se sont régalés de framboises et de groseilles. 

Ce que nous appelions timidement le « verger » devient progressivement « forêt-jardin », avec l’arrivée des vivaces (Plantain corne de cerf, Oseille sanguine, Menthe, Sauge, Thym, Rhubarbe, Epinard fraise, Chataigne de terre, Occas, choux daubenton), des quelques annuelles installées là au printemps, avec les semis d’engrais verts, et la perspectives de nouveaux arbres, dont des fixateurs d’azote, pour l’hiver prochain…

En 2017, 2 membres des Saprophytes s’en vont rencontrer Martin Crawford et reviennent  avec beaucoup de ressources, d’idées et d’envies pour poursuivre la création du  jardin-forêt. C’est aussi l’occasion de lui commander des arbres et des arbustes spécifiques et plus méconnus. Nous entrons dans la richesse des associations, la recherche de diversité, la découverte d’une autre façon de cultiver des aliments…

C’est aussi en 2017 que la lumière entre un peu plus dans le jardin-forêt.

Non sans peine, sans de longues discussions, réflexions, non sans le regard désaprobateur des usagers du site, avec qui il a fallu discuter, expliquer les raisons  (un projet ambitieux de nouvelles plantations), nous avons demandé l’abattage de l’alignement de prunus  (prunus cerasifera) qui longeait le verger.  4 arbres anciens, là bien avant nous.

La ville a accepté, et les services compétents sont intervenus.

Ils ont broyé et laissé la matière sur place, dont les souches qui seront inocculées.

Libérer cet espace, et la lumière qui va avec, était indispensable dans le projet d’agrandissement du jardin-forêt.

Nous avions besoin d’espace et de lumière pour planter des arbres compagnons, dont des fixateurs d’azote, et permettre une meilleure diversité végétale.

Une mare a pu être creusée à ce moment là.

Cette étape nous a permis de créer de nouveaux espaces pour la forêt jardin, d’intégrer de nouvelles essences mais aussi d’expérimenter la multiplication végétale. 

Notre forêt jardin est d’une petite surface. Pour maximiser la diversité végétale, nous privilégions des végétaux de très petite taille (en particulier pour les arbres, où nous choisissons des basse-tiges).

C’est la strate basse des plantes vivaces qui nous demande toujours le plus de patience. Certaines vivaces se déplacent, d’autres ne résistent pas aux sécheresses ou à la concurrence de l’herbe les premières années. Les tubercules se font souvent manger par des rongeurs… Nous faisons des essais en permanence. 

Nous nous posons des questions sur l’entretien et le suivi nécessaire. Le temps reste une contrainte : nous visitons le jardin une fois par semaine seulement, parfois deux au printemps. L’usage aussi est à prendre en compte : il s’agit d’un espace public, ouvert, un jardin pour tous. Il nous invite aussi au lâcher-prise, pas toujours simple quand on considère les liens intimes qui se créent avec son jardin. Mais nous gardons en tête que ce jardin est aussi un prétexte pour démontrer, expérimenter, inspirer une autre manière de fabriquer l’espace public urbain. Nous testons aussi des palettes végétales simples, adaptées à l’espace public et nécessitant le minimum d’entretien (petits fruits, pommiers, poiriers, choux perpétuels, bettes…).

Le jardin est encore jeune, mais il est devenu petit à petit un lieu accueillant, reconnu et il nous permet de proposer des formations et des ateliers. Il offre déjà des retours d’expériences et nous continuons à accueillir chaque mercredi tous les habitants ou curieux qui veulent jardiner et apprendre avec nous. 

La suite ?…

Depuis 2019, l’énergie est mise dans l’espace pépinière qui se dessine progressivement.

Au service d’autres projets et pour apprendre, tester la multiplication végétale, indispensable à une recherche d’autonomie, mais aussi et surtout pour offrir aux habitants une “pépinière de quartier”, de la résilience.

Fives est un quartier essentiellement composé de petites maisons mitoyennes, beaucoup avec de petits jardins (20 à 150m²). La recherche d’une résilience urbaine passe par l’accompagnement des habitants à s’emparer de leur « terre » pour développer des îlots nourriciers. La pépinière de quartier vise l’essaimage de la démarche et le développement d’une «agroforesterie urbaine ». 

Nous commençons avec seulement une dizaine d’arbres greffés, quelques arbustes et plantes vivaces. 

En 2021, nous proposons le premier catalogue et système de pré-commande !

Au delà de la dimension sociale du projet, nous esquissons des solutions de modèles économiques. Le jardin, qui commence à être reconnu et visité, ouvre de nouvelles perspectives de projets d’agroforesterie urbaine et prouve la pertinence de ces systèmes sur des petites surfaces.

 

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